Phénomène de liquéfaction

Introduction au risque géotechnique : La liquéfaction des sols

Le comportement des sols sous sollicitations sismiques est l'un des domaines les plus complexes de la géotechnique moderne. Parmi les risques majeurs, la liquéfaction se distingue par sa capacité à transformer un terrain apparemment solide en une masse visqueuse sans aucune capacité portante. Historiquement, les séismes de Niigata (Japon) et d'Alaska en 1964 ont marqué un tournant dans la compréhension de ce phénomène, révélant la vulnérabilité des infrastructures urbaines construites sur des sables saturés.

Les sables saturés soumis à des cycles de chargement, comme ceux produits par un séisme, peuvent se liquéfier, c'est-à-dire perdre toute résistance au cisaillement par augmentation de la pression interstitielle. Ce phénomène a été la cause de désordres variés, glissements de terrains, éboulements, rotation d'immeubles, destructions d'ouvrages, etc...

Pendant ces dernières années le phénomène de liquéfaction a constitué un sujet de recherche très intéressant, il a attiré l’attention des comités d’ingénieurs en géotechnique à cause de l’impact destructif sur l’infrastructure et l’économie ainsi que sur la vie humaine.

L'importance actuelle du sujet dans le génie civil

Aujourd'hui, avec l'expansion des zones portuaires, la construction d'îles artificielles et l'urbanisation des zones côtières, la maîtrise du risque de liquéfaction est devenue un impératif de sécurité publique. Les ingénieurs doivent désormais intégrer des études de potentiel de liquéfaction (LPI - Liquefaction Potential Index) dès les phases d'avant-projet pour garantir la résilience des ouvrages d'art et des bâtiments de grande hauteur.


Définition technique et approche de Terzaghi

C’est quoi la liquéfaction de sol ?

La liquéfaction consiste en une génération de pression interstitielle suite à un chargement dynamique d’un sol pulvérulent saturé, présentant une capacité de drainage insuffisante. Cette augmentation de pression interstitielle provoque alors une diminution des contraintes effectives, selon Terzaghi l’expression de la contrainte effective est comme suivante :

la liquéfaction de sol
Avec:

La liquéfaction a lieu lorsque les contraintes effectives deviennent nulles (ou très faibles), engendrant des déformations importantes suite à des contraintes de cisaillement appliquées supérieures à la résistance du sol. Le sol se comporte alors comme un fluide ayant la densité du sol saturé.

Analyse thermodynamique et équilibre des phases

D'un point de vue rhéologique, la liquéfaction peut être vue comme une transition de phase où le squelette granulaire perd sa structure stable. Sous l'effet des ondes sismiques (notamment les ondes de cisaillement S), les grains tendent à se réarranger dans une configuration plus compacte. Si le sol est saturé et que le drainage est empêché par la rapidité des cycles, l'eau reprend la charge initialement portée par les contacts intergranulaires. La contrainte effective chute alors vers zéro, annulant la résistance au cisaillement régie par la loi de Coulomb.


Explication physique et mécanique à l'échelle microscopique

Explication physique du phénomène :

Si on prend un dépôt de sol se compose d'un assemblage de différentes particules. Au niveau microscopique nous observons que chaque particule est en contact avec un certain nombre de particules voisines. Le poids des particules de sol produit des forces de contact entre les particules, et donne au sol une capacité portante.

capacité portante
Figure 1 : Les forces de contact entre les différentes particules.

Durant un séisme, il n'y a pas assez de temps pour que l'eau dans les pores du sol soit drainée. Au lieu de cela, l'eau est emprisonnée et empêche les particules de sol de se déplacer ensemble. Ceci est accompagné d'une augmentation de la pression de l'eau qui réduit les forces de contact entre les différentes particules de sol, ce qui engendre un affaiblissement de la capacité portante du dépôt de sol (voir figure 2), avec l’augmentation de la pression interstitielle le sol se comporte soudainement plutôt comme un liquide qu'un solide, on dit à ce moment que le sol se liquéfie.

Réduction des forces de contact différents grains de sol

Figure 2 : Réduction des forces de contact différents grains de sol.


Paramètres et facteurs influençant la sensibilité à la liquéfaction

Quels sont les facteurs ayant une influence sur la liquéfaction de sol ?

De nombreux facteurs peuvent avoir une influence sur la résistance à la liquéfaction des sols, les principaux facteurs sont :

1. Paramètres d'état et granulométrie

La densité relative de sol:

Basé sur des études de terrain, la densité relative de sol peut influer sur la liquéfaction, pour cela on distingue :

  • Les sols pulvérulents dans un état lâche sont sensibles à la liquéfaction comme par exemple les sables lâches saturées.
  • Les sables denses sont moins sensibles à la liquéfaction.

Brièvement l’augmentation de la densité relative conduite donc à une importante amélioration de la résistance à la liquéfaction des sables.

La taille des particules :

Les sols non plastiques de granulométrie uniforme ont tendance à former plus instable arrangements de particules et sont plus sensibles à la liquéfaction. Par contre les sols qui sont bien classés (granulométrie non uniforme) auront également de petites particules qui remplissent les espaces vides entre les grosses particules. Cela tend à réduire la contraction de potentielle du sol, résultant en moins excessives pressions interstitielles générées durant le tremblement de terre.

2. Morphologie granulaire et composition chimique

La forme des particules :

La forme des particules de sol peut influer sur la résistance de sol à la liquéfaction, pour un sol contenant des particules arrondies est plus susceptible de se liquéfier à un sol contenant des particules angulaires, parce que le frottement entre les particules angulaires est plus grand que celui entre les particules arrondies.

Présence de fines :

Plusieurs études visant à caractériser l’influence de la présence de fines sur la résistance à la liquéfaction d’un sol indiquent qu’il s’agit d’un paramètre influent. Si le pourcentage de fines est grand, alors le risque de génération de pressions interstitielles est moins excessif lors d’un séisme.

Plasticité :

L’influence de la plasticité peut être évaluée à l’aide des limites d’Atterberg qui permettent de définir l’indice de plasticité associée à la gamme des teneurs en eau à l’intérieur de laquelle le sol se comporte en matériau plastique. La résistance à la liquéfaction augmenterait avec la valeur de l’indice de plasticité.


Conséquences et effets induits par la liquéfaction

Effets induits par la liquéfaction :

Lorsque la liquéfaction se produit, elle peut entraîner plusieurs conséquences négatives comme par exemple :

  • La ruine partielle ou totale des constructions.
  • La perte des vies humaines.
  • L’enfoncement des constructions dans le sol.

Désordres structurels avancés

Outre les effets directs, la liquéfaction engendre des phénomènes secondaires dévastateurs :
- L'étalement latéral (Lateral Spreading) : Sur des pentes même très douces, la masse de sol liquéfiée peut glisser sur plusieurs mètres, rompant les réseaux enterrés (gaz, eau, électricité).
- Flottaison des structures enterrées : Les réservoirs, cuves et canalisations vides peuvent remonter à la surface sous l'effet de la poussée d'Archimède exercée par le sol devenu fluide.
- Volcans de sable : L'expulsion violente de l'eau et du sable vers la surface par des fissures crée des cônes de dépôt caractéristiques.


Stratégies de remédiation et réduction du risque

Pour sécuriser un projet situé en zone à risque, plusieurs stratégies d'ingénierie peuvent être déployées :

1. Amélioration du sol (Densification)

La méthode la plus directe consiste à augmenter la densité relative du sol pour éviter qu'il n'ait tendance à se contracter sous séisme.
- Vibrocompactage : Utilisation de sondes vibrantes pour densifier les sables propres.
- Compactage dynamique : Chute de masses lourdes (10 à 40 tonnes) pour compacter le sol en profondeur.
- Injections de compactage : Introduction de mortier très raide pour comprimer radialement le sol environnant.

2. Drainage et Renforcement

Si la densification est impossible, on peut agir sur la pression interstitielle ou sur la rigidité globale :
- Colonnes ballastées : Elles assurent à la fois un renforcement mécanique et un chemin de drainage vertical rapide pour dissiper la pression d'eau.
- Injections chimiques ou ciment : Pour lier les grains entre eux et créer une cohésion artificielle empêchant le réarrangement des particules.

Remarque :

Les pieux peuvent améliorer les caractéristiques mécaniques du sol et de réduire le potentiel de liquéfaction.


Expertise et outils pour l'ingénieur géotechnicien

Méthodes d'évaluation in-situ

L'évaluation du potentiel de liquéfaction repose sur des essais de terrain normalisés :
- L'essai SPT (Standard Penetration Test) : Permet d'obtenir l'indice N corrélé à la résistance cyclique (CRR).
- L'essai CPTu (Cône de pénétration avec mesure de pression) : Offre un profil continu et très précis des couches sensibles.
- Mesure de la vitesse des ondes de cisaillement : Méthode non destructive corrélée à la rigidité du squelette granulaire.

Conseils d'experts pour la conception

Il est crucial de ne pas se limiter à une analyse simpliste "liquéfiable / non liquéfiable". L'ingénieur doit évaluer les tassements post-liquéfaction qui peuvent survenir même après la fin des secousses lors de la dissipation des pressions interstitielles. Une attention particulière doit être portée aux interfaces entre zones traitées et zones non traitées pour éviter des concentrations de contraintes dommageables.


Ressources complémentaires sur les fondations profondes

Et pour savoir de plus en ce qui concerne le sujet de pieux, on vous laisse les liens suivants :


FAQ : Questions fréquentes sur la liquéfaction des sols

1. Quels types de sols sont les plus vulnérables ?
Les sables propres, les sables silteux et certains silts non plastiques, lorsqu'ils sont saturés et dans un état lâche, sont les plus sensibles.

2. Un sol sec peut-il se liquéfier ?
Non. La présence d'eau remplissant totalement les pores (saturation) est une condition sine qua non pour la génération de la pression interstitielle menant à la liquéfaction.

3. La liquéfaction ne se produit-elle que pendant les séismes ?
Bien que les séismes soient la cause principale, des vibrations industrielles massives, des battages de pieux intensifs ou des explosions peuvent également induire une liquéfaction locale.

4. Comment les fondations sur pieux protègent-elles les bâtiments ?
Les pieux traversent la couche liquéfiable pour s'ancrer dans des couches plus denses et stables en profondeur. Ils empêchent ainsi l'enfoncement ou le basculement de la structure.

5. Le phénomène est-il réversible ?
Oui, après le séisme, l'eau finit par être expulsée, les pressions diminuent et le sol retrouve une forme de stabilité, bien qu'il soit souvent plus tassé qu'avant.


Résumé

En conclusion, la compréhension du phénomène de liquéfaction est un pilier fondamental de l'ingénierie parasismique. En passant d'un état solide à un état fluide, le sol perd sa fonction primaire de support, entraînant des conséquences souvent irréversibles pour les infrastructures non préparées. Cependant, grâce aux avancées de la mécanique des sols et aux techniques modernes d'amélioration de terrain, il est possible de bâtir en toute sécurité même sur des sols a priori défavorables.

Appel à l'action : Vous travaillez sur un projet en zone sismique ou sur un terrain saturé ? Ne négligez pas l'étude de liquéfaction ! Partagez vos expériences ou posez vos questions techniques dans les commentaires ci-dessous. Explorez nos guides dédiés aux pieux pour renforcer vos connaissances en fondations profondes.








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